Des foules de plus en plus considérables ont rempli dès lundi la capitale, transformée en vaste parc d'attractions sur le thème de Barack Obama. Des foules exubérantes et joyeuses, mais tranquilles, débarquées de milliers de bus, des trains et des avions dans une ville sécurisée par un déploiement de forces sans précédent (25.000 policiers et 16.000 soldats sur les dents, interdiction de survol de l'espace aérien patrouillé par des avions de chasse et des hélicoptères et une flotte de vedettes armées sur le Potomac). Les autorités attendaient entre un et deux millions de personnes sur le Mall pour écouter Barack Obama répéter les paroles du serment inscrit dans la Constitution, puis son premier discours en tant que président des États-Unis, avant d'assister à la grande parade traditionnelle sur Pennsylvania Avenue que le cortège présidentiel descend du Capitole à la Maison-Blanche.
La dimension de catharsis raciale dont Obama est l'agent se combine avec le rejet violent de son prédécesseur George W. Bush, mais surtout avec une angoisse profonde et généralisée devant la crise dans laquelle le pays est en train de sombrer pour lui assurer une popularité comme aucun de ses prédécesseurs n'en a connu à son accession au pouvoir. La majorité des Américains voient en Barack Obama, au-delà de l'accomplissement du "rêve" de Martin Luther King, l'homme d'un possible recours, celui qui pourra peut-être redonner substance à un rêve américain en crise. C'est pourquoi le 44e président des États-Unis prête serment adossé à 80 % d'opinions favorables selon le dernier sondage ABC/ Washington Post .
Son discours visera à consolider cet état de grâce et à canaliser l'énergie formidable de l'espoir soulevé par son élection. Il en a rédigé lui-même le texte de moins de 20 minutes, sur lequel il a travaillé deux mois avec sa principale plume, Jon Favreau. Il espère, a-t-il expliqué, "saisir au plus près l'essence du moment historique dans lequel nous nous trouvons". Il a démontré pendant la campagne présidentielle que la rhétorique est une des armes politiques qu'il manie avec le plus d'efficacité, et chacun s'attend donc à ce qu'il s'inscrive dans la lignée des grands orateurs, dont l'écho des paroles continue d'inspirer les Américains de génération en génération - Lincoln, Roosevelt et Kennedy en particulier.
